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La photographie, entre sels et pixels

Avant même que la photographie n’existe, les hommes cherchaient déjà à comprendre comment capturer le monde qui les entourait. Dès l’Antiquité, le principe de la camera obscura (ou chambre noire) est connu : lorsqu’une pièce est plongée dans l’obscurité et qu’un minuscule trou laisse passer la lumière, une image inversée de l’extérieur apparaît sur le mur opposé. De nombreux artistes de la Renaissance utilisent ce phénomène pour dessiner avec davantage de précision. Pourtant, cette image reste éphémère : elle ne peut pas être conservée.

Sommaire

Niépce et la première photographie

C'est Joseph Nicéphore Niépce, inventeur français, qui réalise en 1827 ce que l'on considère aujourd'hui comme la première photographie permanente de l'histoire : Point de vue du Gras. Pour obtenir cette image, il recouvre une plaque d'étain d'une fine couche de bitume de Judée, une substance photosensible qui durcit sous l'effet de la lumière. Après plusieurs heures d'exposition – probablement entre huit heures et plusieurs jours selon les estimations –, il dissout les parties restées solubles pour ne conserver que l'image.

Joseph Nicéphore Niépce, Point de vue du Gras, circa 1827. Héliographie, 16,7 × 20,3 × 0,15 cm.

Ce procédé, baptisé héliographie, est révolutionnaire. Pour la première fois, il devient possible de conserver durablement une image créée uniquement grâce à la lumière. Cependant, la technique est encore très lente et difficile à utiliser.

Le daguerréotype, premier procédé commercialisé

Après la mort de Niépce, son associé Louis Daguerre poursuit les recherches. En 1839, il présente officiellement le daguerréotype, considéré comme le premier procédé photographique commercialisé.

Le principe est simple : une plaque de cuivre recouverte d'argent est rendue photosensible grâce à des vapeurs d'iode, puis exposée à la lumière dans un appareil photographique. L'image est ensuite révélée avec des vapeurs de mercure avant d'être fixée chimiquement.

En revanche, chaque daguerréotype est une œuvre unique. Il n'existe aucun négatif : si l'on souhaite plusieurs exemplaires d'un portrait, il faut recommencer toute la prise de vue. Malgré cette contrainte, le procédé connaît un immense succès, notamment pour les portraits, qui deviennent beaucoup moins coûteux qu'une peinture.

Le négatif : une révolution majeure

Pendant que le daguerréotype se développe en France, un scientifique anglais, William Henry Fox Talbot, met au point un procédé différent : le calotype.

Son innovation est fondamentale. Au lieu d'obtenir directement une image définitive, il crée un négatif sur papier qui permet ensuite de produire autant de tirages positifs que souhaité. Cette idée du négatif constitue l'une des plus grandes avancées de toute l'histoire de la photographie, puisqu'elle rend possible la reproduction des images.

Le photographe doit préparer, exposer et développer la plaque avant qu'elle ne sèche, ce qui impose d'emporter un laboratoire portable sur le terrain. Malgré cette contrainte, le procédé est beaucoup plus précis, plus rapide et moins coûteux que les précédents. Il domine la photographie pendant plusieurs décennies.

Les sels d'argent : pourquoi parle-t-on d'« argentique » ?

Le mot argentique vient du latin argentum, qui signifie « argent ».

Depuis les premières expériences de Niépce jusqu'aux pellicules modernes, la photographie repose sur des sels d'argent, principalement le bromure, le chlorure ou l'iodure d'argent. Ces cristaux microscopiques sont dispersés dans une couche de gélatine déposée sur une pellicule ou une plaque photographique. Lorsqu'ils reçoivent de la lumière, ils subissent une transformation chimique invisible appelée image latente. Cette image n'apparaît réellement qu'au moment du développement, lorsque les cristaux exposés sont réduits en argent métallique noir tandis que les autres sont éliminés lors du fixage. C'est cette réaction chimique qui donne naissance à la photographie argentique !

La démocratisation grâce à Kodak

Pendant une grande partie du XIXᵉ siècle, la photographie reste réservée aux professionnels ou aux passionnés expérimentés, mais tout change avec George Eastman.

En 1884, il met au point une pellicule souple en rouleau, beaucoup plus pratique que les lourdes plaques de verre. Puis, en 1888, il lance le premier appareil Kodak, déjà chargé avec une pellicule permettant de réaliser une centaine de photographies.

Une fois le film terminé, l'utilisateur renvoie tout simplement l'appareil à l'usine Kodak. L'entreprise développe les images, réalise les tirages, recharge un nouveau film et renvoie l'appareil à son propriétaire.

Le slogan de la marque devient célèbre : « You press the button, we do the rest. » (« Vous appuyez sur le bouton, nous faisons le reste. »)

Pour la première fois, la photographie devient véritablement accessible au grand public.

Les perfectionnements du XXᵉ siècle

Au début du XXᵉ siècle, les appareils deviennent plus compacts, plus fiables et plus rapides. En 1925, le Leica I popularise le format 24 × 36 mm, utilisant la pellicule de cinéma 35 mm. Ce format deviendra rapidement le standard mondial de la photographie.

La couleur progresse également. En 1935, Kodak commercialise le Kodachrome, première pellicule couleur à rencontrer un véritable succès commercial. Les images gagnent en réalisme et en richesse chromatique, ouvrant de nouvelles possibilités aux photographes.

En 1972, Polaroid révolutionne une nouvelle fois la photographie avec le SX-70, premier appareil instantané pliable entièrement automatique. Quelques minutes seulement après avoir déclenché, la photographie apparaît progressivement sous les yeux du photographe.

L'arrivée du numérique et le renouveau de l'argentique

À partir des années 1990, les appareils numériques se généralisent.

Contrairement à l'argentique, ils enregistrent les images grâce à un capteur électronique composé de millions de photosites. Les photographies peuvent être visualisées immédiatement, supprimées, retouchées et partagées sans attendre le développement. Le coût de chaque prise de vue devient quasiment nul, ce qui transforme profondément les pratiques photographiques.

Peu à peu, les ventes de pellicules s'effondrent. De nombreux laboratoires ferment et plusieurs fabricants cessent leur production.

Beaucoup pensent alors que l'argentique est condamné. Pourtant, depuis le début des années 2010, la photographie argentique connaît un véritable renouveau. Ce retour s'explique autant par des raisons esthétiques que philosophiques, car l'argentique impose de ralentir.

Chaque photographie coûte de l'argent, le nombre de vues est limité et le résultat reste invisible jusqu'au développement. Cette contrainte pousse le photographe à réfléchir davantage à son cadrage, à sa lumière et à son intention avant d'appuyer sur le déclencheur.

À cela s'ajoute un rendu propre aux émulsions argentiques : un grain naturel, une grande richesse des nuances de gris ou des couleurs, ainsi que de subtiles imperfections qui participent au caractère unique de chaque image.

C'est ainsi un immense honneur pour la Galerie Rousset de compter dans sa collection des tirages du photographe Michael Kenna, maître du tirage argentique en noir et blanc.

Michael Kenna, Aquaculture Structure, Boseong, Corée du Sud, 2018, tirage argentique

Michael Kenna, Aquaculture Structure, Boseong, Jeollanam-do, Corée du Sud, 2018. Tirage argentique, 19,5 × 20 cm (41 × 51 cm encadré). Collection Galerie Rousset.

Découvrez les tirages de Michael Kenna présentés à la Galerie Rousset, dont Aquaculture Structure reproduit ci-dessus, actuellement exposés dans le cadre de l'exposition « Paysages de Corée du Sud ».

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