Chaque été, les pierres romaines d’Arles s’effacent derrière les images du monde entier. Devenu le rendez-vous incontournable de la photographie internationale, le festival des Rencontres d’Arles transforme la cité camarguaise, ses monuments antiques, ses églises, ses friches industrielles et ses bâtiments historiques en une immense galerie à ciel ouvert. Retour sur une aventure culturelle qui a changé notre regard sur le huitième art. Plus qu’un simple festival, Les Rencontres de la Photographie d’Arles sont aujourd’hui une véritable institution qui participe depuis plus d’un demi-siècle à promouvoir la photographie.
Rien ne prédestinait Arles à devenir la capitale mondiale de la photographie. À cette époque, la photographie peine encore à être reconnue comme une discipline artistique à part entière. Les musées lui consacrent peu d'expositions et le marché de l'art lui accorde une place marginale. En 1970, grâce à l'initiative de trois passionnés : le photographe Lucien Clergue, l'écrivain Michel Tournier et l'historien Jean-Maurice Rouquette, les Rencontres d'Arles voient le jour.
Leur pari ? Sortir les images des livres pour les afficher sur les murs, provoquer des rencontres directes entre les artistes et le public, et créer un espace de débat.
Le premier festival est organisé presque confidentiellement. Trois expositions seulement sont présentées et une centaine de visiteurs assistent aux rencontres organisées dans le Théâtre antique d'Arles. Pourtant, l'idée est révolutionnaire : créer un lieu où photographes, critiques, éditeurs, historiens et public peuvent se rencontrer, échanger et débattre autour de ce médium encore sous-estimé.

Autour de Lucien Clergue, de Jean-Maurice Rouquette et de Michel Tournier, l’équipe fondatrice des Rencontres en 1970. Photo Marc Pérard / Jean Dieuzaide
Au fil des années, le festival grandit rapidement. Les plus grands noms de la photographie internationale y exposent leurs œuvres (Ansel Adams, Robert Mapplethorpe, Henri Cartier-Bresson), tandis que de jeunes artistes y trouvent une visibilité déterminante pour leur carrière. Les Rencontres jouent également un rôle essentiel dans la reconnaissance institutionnelle de la photographie en France, contribuant à son entrée dans les musées, les collections publiques et privées.
Au fil des décennies, le festival gagne en puissance et en légitimité. Il devient le lieu où les plus grands maîtres s'exposent. Le concept de direction artistique, introduit dans les années 2000, permet de structurer le festival autour de thématiques fortes, souvent ancrées dans les réalités sociales et politiques du monde contemporain. L'une des grandes particularités des Rencontres est leur dialogue constant avec la ville. Les expositions prennent place dans des lieux patrimoniaux parfois inattendus : anciennes chapelles, cloîtres, ateliers industriels, palais, hôtels particuliers ou bâtiments désaffectés sont réinvestis chaque été pour offrir une expérience immersive au visiteur.
Aujourd'hui, plus de quarante expositions sont réparties dans une trentaine de lieux, faisant d'Arles un immense musée à ciel ouvert consacré à l'image.

Chapelle de la Charité, L’Image Cannibale, 2026
Les Rencontres ne célèbrent pas uniquement les grands maîtres de la photographie. Elles accordent également une place importante aux artistes émergents, aux projets expérimentaux, aux archives redécouvertes ainsi qu'aux nouvelles pratiques de l'image.
Le festival questionne chaque année les grands enjeux contemporains : mémoire, identité, migrations, écologie, représentation politique, intelligence artificielle ou encore nouvelles écritures documentaires. Cette diversité fait des Rencontres un véritable observatoire de l'évolution de la photographie mondiale.
Autour des expositions s'organisent également conférences, projections nocturnes, lectures de portfolios, rencontres professionnelles, ateliers et remises de prix, faisant d'Arles un rendez-vous incontournable pour tous les acteurs du monde de la photographie.
Au cours de ces 60 dernières années, la ville d’Arles a réussi à affirmer la photographie comme un médium digne d’exposition et de dialogue. Ainsi, les expositions photographiques dépassent la seule limite géographique de la ville pour s’ancrer dans un plus grand périmètre. C’est donc de cette façon que la galerie Rousset a trouvé juste et pertinent de proposer du 05 juin au 15 aout 2026 une exposition du maître de la photographie de paysage argentique en noir et blanc Michael Kenna. Rayonnant autour du thème de la Corée, l’exposition s’ancre dans une dynamique largement représentée à la fois à l’échelle nationale (la célébration des 140 ans de relations diplomatiques entre la France et la Corée) et municipale avec le Coréen comme langue invitée au festival d’Avignon 2026.
Si vous souhaitez en découvrir davantage sur les tirages de Paysages de Corée du Sud par Michael Kenna, cliquez-ici.
Fondateur de la Galerie Rousset — Avignon
Formé à l’IESA (Institut d’Études Supérieures des Arts), Ludovic Rousset a exercé dans des galeries parisiennes de la Rive Droite et de la Rive Gauche, puis aux États-Unis, au contact de pièces de très grande rareté. Il a participé aux grandes foires d’art internationales (Paris, Monaco, Bruxelles, Londres, New York, Los Angeles, Chicago) et collaboré avec plusieurs musées européens, dont le musée d’Orsay, pour des acquisitions et des prêts d’œuvres. En 2023, il fonde la Galerie Rousset en Avignon, dédiée à l’art des XIXe et XXe siècles.