Nichée entre Cannes et Antibes, dans les Alpes-Maritimes, Vallauris est aujourd’hui indissociable de l’histoire de la céramique française. Surnommée « la cité des potiers », cette ville méditerranéenne a vu naître, au cours du XXᵉ siècle, un véritable foyer artistique où se sont rencontrés artisans, peintres, sculpteurs et designers. De la tradition potière ancestrale aux expérimentations modernes de Pablo Picasso et des grands céramistes de l’après-guerre, Vallauris incarne l’un des grands chapitres du renouveau des arts décoratifs français.
L’histoire de Vallauris est profondément liée à la terre. Grâce à la richesse de son sous-sol argileux, la ville développe dès l’Antiquité une importante activité de production céramique. Pendant plusieurs siècles, les ateliers locaux se spécialisent principalement dans la fabrication de poteries utilitaires : jarres, cruches, plats et objets destinés au quotidien.
À partir du XIXᵉ siècle, cette tradition évolue progressivement vers une pratique plus artistique. La famille Massier joue alors un rôle essentiel dans cette transformation en développant une céramique décorative innovante, caractérisée par des recherches sur les couleurs, les émaux et les formes. Cette période marque la naissance d’une nouvelle identité pour Vallauris : celle d’une ville où l’artisanat devient un véritable moyen d’expression artistique.
Le destin artistique de Vallauris bascule après la Seconde Guerre mondiale avec l’arrivée de Pablo Picasso. En 1946, alors qu’il séjourne sur la Côte d’Azur, l’artiste découvre la ville et rencontre Suzanne et Georges Ramié, fondateurs de l’atelier Madoura, spécialisé dans la céramique. Séduit par les possibilités offertes par la terre et la cuisson, Picasso commence alors une importante production céramique qui transforme profondément l’image de Vallauris.
Installé dans la ville de 1948 à 1955, Picasso y réalise plusieurs milliers de pièces, mêlant sculptures, plats, vases et objets décoratifs. Son approche libre de la céramique, à mi-chemin entre sculpture et artisanat, contribue à attirer de nombreux artistes venus explorer les possibilités de ce matériau.

Pablo Picasso (1881-1973), Pichet aux quatre visages, circa 1970. Terre cuite. Collection du Los Angeles County Museum of Art. Los Angeles. USA
L’influence de Picasso dépasse rapidement son propre travail : sa présence donne une visibilité internationale à Vallauris et encourage l’installation d’une nouvelle génération de créateurs. Les années 1950 deviennent ainsi l’âge d’or de la céramique de Vallauris.
Dans les années 1950 et 1960, Vallauris devient un véritable laboratoire artistique. Aux côtés de Picasso, des artistes comme Suzanne Ramié, Georges Ramié, Jean Derval, Robert Picault, Gilbert Portanier ou encore Roger Capron participent au renouvellement de la céramique française.
Ces créateurs refusent de considérer la céramique comme un simple artisanat décoratif. Ils cherchent au contraire à lui donner une place parmi les arts majeurs, en expérimentant les formes, les textures et les techniques. La céramique devient alors un territoire de recherche où se rencontrent sculpture, peinture, architecture et design.
Cette période correspond également à une évolution des modes de vie : dans le contexte des Trente Glorieuses, les artistes souhaitent créer des objets beaux mais accessibles, capables d’intégrer l’art dans l’espace quotidien.
Parmi les artistes qui ont marqué cette période, Roger Capron occupe une place particulière. Formé à l’École des Arts appliqués de Paris, il s’installe à Vallauris en 1946 et fonde avec Robert Picault l’atelier Callis, avant de créer sa propre manufacture en 1949.
Son œuvre illustre parfaitement l’évolution de Vallauris vers une céramique moderne, pensée à la fois comme objet artistique et comme élément du décor contemporain. Ses créations, allant des vases aux panneaux architecturaux en passant par ses célèbres tables basses en carreaux de céramique, témoignent d’un dialogue constant entre artisanat, design et architecture.
Ses modèles emblématiques comme Herbier, Navette, Soleil, Sapporo ou Garrigue sont aujourd’hui considérés comme des références du design français des années 1950-1970. À travers eux, Capron développe un langage personnel où motifs naturels, compositions géométriques et recherches sur la matière traduisent l’esprit créatif de Vallauris.

CAPRON Roger (1922-2006), Vase Anneaux, Faïence émaillée, circa 1959. Illustré dans le livre” Roger Capron, Céramiste” aux éditions Norma, p.42.
Après son âge d’or, Vallauris continue aujourd’hui de faire vivre cette tradition céramique. La ville conserve de nombreux témoignages de son histoire artistique et accueille encore des créateurs contemporains qui perpétuent le dialogue entre savoir-faire et création.

CAPRON Roger (1922-2006), Service à orangeade. Circa 1960. Céramique. Collection Galerie Rousset.
Plus qu’un simple centre de production, Vallauris représente un moment essentiel de l’histoire de l’art du XXᵉ siècle : celui où la frontière entre artisanat et création artistique s’est progressivement effacée. De la terre locale aux œuvres de Picasso, Capron et de nombreux autres artistes, la ville demeure le symbole d’une céramique française ouverte à l’expérimentation, à l’innovation et à la modernité.
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Fondateur de la Galerie Rousset — Avignon
Formé à l’IESA (Institut d’Études Supérieures des Arts), Ludovic Rousset a exercé dans des galeries parisiennes de la Rive Droite et de la Rive Gauche, puis aux États-Unis, au contact de pièces de très grande rareté. Il a participé aux grandes foires d’art internationales (Paris, Monaco, Bruxelles, Londres, New York, Los Angeles, Chicago) et collaboré avec plusieurs musées européens, dont le musée d’Orsay, pour des acquisitions et des prêts d’œuvres. En 2023, il fonde la Galerie Rousset en Avignon, dédiée à l’art des XIXe et XXe siècles.